Ivresse

L'homme bourru
Dessin au stylo

Impossible de te relever, t’en tiens une bonne ! Une énième bière, que t’as pas eue le temps de boire, se répand dans le caniveau, la bouteille roule et stoppe contre ton pied. Tu t’es vu mon gars ? De plus en plus lamentable. T’as voulu impressionner cette petite nana percinguée alors t’as vidé shot de vodka sur shot de vodka. Au début, elle se marrait, elle t’accompagnait même dans ton délire. Puis t’es devenu un peu trop collant, t’as commencé à l’agripper, à la toucher de trop près alors elle s’est barrée avec ses potes et comme tu la traitais de pute, tu t’es mangé un bourre-pif par l’un d’eux et t’as fini tout seul, là. Et le patron va encore appeler ton frère qui va appeler ton psy qui va t’appeler… enfin quand tu seras en état d’aligner deux mots. Décidément, t’y arrives plus, tu sais plus comment te comporter même avec une gamine qui joue les rebelles, toi qui as passé l’âge des gamineries. Tu souris jaune. Et pourquoi tu ferais pas le gamin, Hein ? Tu fais ce que tu veux d’abord, c’est ta peau, c’est ton chemin, ton chemin de croix. Ça te fait pouffer ça le chemin de croix… tu galères, tu galères pour le job, tu galères pour l’amour… elles se barrent toutes, elles comprennent rien, elles savent pas comment tu fonctionnes parce que tu bois trop, parce que ta peau est marbrée de dessins, parce que tu récites, entre deux verres, des bribes de poèmes, parce que tu parles de ton psy, parce que… parce que t’es un pauv’type… c’est ça, foutez le camp, laissez-moi crever dans mon caniveau… m’en fous !

La triche

Dessin au stylo et colorisé via Photoshop
Le tricheur
Dessin au stylo et photoshopé

Lors d’une partie de cartes, la bataille, quatre joueurs abaissent tour à tour leur donne. C’est la plus grosse carte qui l’emporte.
Il est minuit, ça fume et ça boit.
Il fait chaud, la porte-fenêtre est grande ouverte.
Pas de musique, pas de paroles, aucun bruit durant le premier quart d’heure.
Au fur et à mesure des verres ingérés, l’ambiance s’agite, les voix se mêlent, les accents s’intensifient, ça parle fort, ça rit, ça conteste, ça braille mais surtout dans la bonne humeur.
Tout à coup, l’un d’eux écarte les bras en croix en touchant le torse de ses deux mitoyens : stop, ça triche là ! j’ai vu une carte sortir de la manche, dit-il en fixant son adversaire, face à lui, qu’il voit en double. Ses yeux lancent des pics, pourtant c’est le plus doux des quatre, un visage de poupon, un air timide et fragile, ses mains prenant délicatement du bout des doigts les cartes.
Son visage s’empourpre de colère.
L’autre bredouille pour nier.
Notre poupon se lève en titubant : je n’aime pas les tricheurs, puis il se dirige vers la porte.
Au moment de quitter la pièce, l’autre beugle : ah oui et c’est qui le plus tricheur des deux hein ? celui qui a une carte dans sa manche ou celui qui a une maîtresse dans son lit ?
Les deux autres, passablement éméchés, se mettent à rire mais voyant Ivan revenir, ils se placent devant lui : laisse tomber, tu vois bien qu’il cherche l’embrouille !
Il a raison, dit le poupon, il le sait bien puisque c’est sa femme.
Tu le savais ? dit l’un des deux.
Avant de venir ce soir, elle m’a dit qu’elle me quittait pour lui.
Ah non, pas question ! je veux une maîtresse, pas une femme. Si c’est comme ça, je quitte ta femme.
Le mari, imbibé, regarde les deux : y en a un qu’ça intéresse ? parce que moi, je m’tire avec une autre.
L’un des deux a une idée : et si on la jouait aux cartes ?