Tout un art

Challenge Écriture 2020 – #21 (02.06.2020)

Challenge d'écriture
Challenge d’écriture

Pour la semaine prochaine, on va revenir à quelque chose de plus classique avec une photo. Bonne écriture!

Photo challenge 02 juin 2020
Consigne

***

C’était la curiosité de l’année, tout le monde venait dans la ville pour voir cette attablée incroyable. Les hôtels de la région affichaient complets, les campings aussi et plus aucune place dans les gîtes ou chez l’habitant. Les rues grouillaient en permanence d’humains.
Était-ce donc vrai ce qu’on disait à la télé ? Dans la presse ?
Comment ce peut être possible un truc pareil ? Chacun voulait voir de ses yeux la chose.
Car enfin, trois adultes changés en bronze et deux enfants figés en couleur, ça dépassait l’entendement !
Personne n’avait le droit de s’approcher, encore moins de les toucher. L’armée même avait été dépêchée sur place pour garder, nuit et jour, les phénomènes.
C’était arrivé du jour au lendemain. Un matin, en ouvrant la terrasse, le patron du café avait vu la scène. Il pensait être mal réveillé, il s’était approché et pris de panique, avait couru jusqu’à la gendarmerie. Puis tout s’était accéléré : les curieux, les médias, les politiciens, les chercheurs de tous poils.
Et cela faisait quasiment une année qu’on échafaudait des hypothèses, des théories, des possibilités, des fantasmes. C’est à celui qui aurait le dernier mot. Le fin mot de l’histoire.
Moi aussi, j’avais voulu voir ça de mes yeux. Et j’ai eu une frousse pas possible lorsque, fixant l’un des protagonistes, je le vis me faire un clin d’œil. Mon sang a filé dans mes chaussures et je me suis évanouie. Vous pensez que j’ai fumé la moquette ? Je ne fume plus depuis longtemps. Mais mon cerveau oui. C’est toujours comme ça lorsque je visite une nouvelle exposition, j’ai besoin de m’inventer des histoires…

Vrai ou pas ?

Challenge Écriture 2020 – #9 (10.03.2020)

Challenge d'écriture
Challenge d’écriture

Vous vous êtes peut-être déjà retrouvé dans un endroit public à disséquer les pensées, à imaginer la vie des personnes autour de vous. Si c’est le cas, l’exercice sera facile, dans le cas contraire, ce sera un nouveau défi! A vos plumes!

***

Pas très sympa la serveuse dans ce bistrot. Le petit couple tout timide qui a demandé une table en terrasse s’est fait rabrouer illico presto. Pff ! J’imagine qu’elle a passé une mauvaise soirée, son mec a dû la larguer ou alors il était trop fatigué pour faire goulou goulou à la casa. Et puis, elle est agréable comme une porte de prison, elle doit sourire quand elle se brûle. Pire, elle est peut-être comme ça tous les jours…
Allez, maintenant, direction les quais pour voir ce qu’il y a de beau côté bouquins. En arrivant près du bel étalage, je remarque la bibliothèque verte et rose, oh là là, nostalgie, tu vas débouler je le sens…
Le bouquiniste est assis sur un tabouret pliant, en train de fumer une pipe, il semble bayer aux corneilles. À quoi peut-il bien penser ? Peut-être à ce qu’il va manger ce soir, dans sa garçonnière ou bien à sa soirée entre potos/écolos/ biblios, il m’a tout l’air d’un green lover.
Tiens, ce vieux monsieur qui arrive, tenant cane en main comme s’il s’agissait d’un rare joyau à exhiber. Je me dis que celui-là doit avec la bourse bien garnie et qu’il est venu s’encanailler parmi le peuple pour regarder les gambettes passer avec appétit… pas difficile d’imaginer à quoi il pense…
Oh et cette dame fagotée telle Barbara Cartland, qui semble plus être promenée par son chien que le contraire, je pense qu’elle doit se croire bien élégante, distinguée, dans ses fanfreluches qui tirebouchonnent sur ses formes généreuses. Elle se hâte vers quoi ? Une réunion de famille dominicale où elle va encore raconter les derniers potins du quartier ? Ou va-t-elle faire les derniers achats avant de partir en cure thermale ?
Tous ces gens me donnent le tournis. Je vais rentrer. Mais… mais, qu’est ce qu’il se passe là-bas ? Je ne vois pas bien, c’est un peu loin. Y a t-il eu un accident ? Une bagarre ? Un malaise ?
Je me dis que je ne vais pas jouer les voyeuristes, je vais passer par une autre rue et laisser l’imagination faire son œuvre… sur les touches de mon clavier.

Bâclage

Mon ebook Cannobia
Mon ebook

Puisque j’ai commencé à parler, je vais jusqu’au bout, c’est-à-dire que je ressors mon ‘n’importe quoi’ de mon tiroir où il était enseveli, et là, ça vaut son pesant de cacahuètes !
L’ebook est sorti en octobre 2014 (je n’en reviens pas, six années) mais une petite partie de l’histoire était déjà antérieure (eh bé…). Et je suis tombée sur un concours d’écriture qui permettait de faire éditer son livre gratuitement. Alors, je ne me souviens plus exactement quelles étaient les conditions, toujours est-il qu’il fallait envoyer sa participation avant minuit et comme j’étais limite limite, j’ai bâclé ma prose haut la main, sans état d’âme : bonjour les fautes d’inattention, orthographe, grammaire… pardon Voltaire ! De plus, il fallait une table des matières, je me suis donc battue avec le traitement de textes et enfin, mais vraiment à quelques secondes près, j’ai envoyé le tout avec une joie ! Je pensais avoir pondu le chef-d’œuvre de l’année… seulement j’ai vite déchanté, le lendemain, en relisant mon fichier… la panique totale : quoi, mon torchon va être en ligne ! La honte…
Enfin, pour être complètement franche, il n’y avait pas que ça qui me mettait le rouge au front et aux joues. Je m’étais dit que ce qui intéressait c’est le sexe et l’argent et si j’étais à côté de la plaque avec le second, je pouvais me ‘défendre’ avec le premier… une amie m’a dit que si je voulais parler sexe, il fallait y aller carrément. Bon, soit. Et en relisant une fois de plus, j’avais honte de ma plume si… déplumée.
J’ai bien essayé de le faire enlever du site mais cette fois-ci, on me demandait de l’argent.
Après plusieurs recherches, j’ai pu le dépublier moi-même. Enfin, j’espère…

Sous le vernis

La Mercedes Limousine roulait à vive allure.
Arthur avait donné ses indications à son chauffeur : un jet privé l'attendait et il devait absolument partir avec lui, sous peine de ralentir toute l'opération de vente de grande envergure. Aussi, Yvan conduisait avec prudence mais rapidité.

Arthur, en homme d'affaires de hautes affaires d'extrême importance, jonglait entre ses portables dernière génération, sortis la semaine dernière et sa tablette reçue hier de New York.
Les trente-cinq degrés qui sévissaient ce mois-ci n'avait pas d'impact sur lui, la climatisation diffusant un air ambiant confortable.
Pour garder confidentiels ces échanges, il avait remonté la vitre qui le séparait de son chauffeur. Mini-bar et écran participaient à un trajet des plus agréables.
Après plusieurs minutes, Arthur s'octroya une pause en dégustant un peu de son alcool préféré tout en regardant un polar. Au bout d'un moment, il sentit ses paupières lourdes et s'endormit.

Dans un sursaut, Arthur ouvre les yeux. Il desserre sa cravate. Il a chaud. La voiture est arrêtée. Il saisit la télécommande de la vitre de séparation mais le bouton est sans action. Il prend l'interphone pour appeler son chauffeur mais personne ne décroche.
Arthur s'affole. Il se retrouve face à une situation qu'il ne peut maîtriser et qu'il ne comprend pas. Les portes arrières sont fermées. Il utilise à nouveau l'interphone mais il sonne sans entendre de voix. Il cherche ses deux portables mais impossible de les trouver. De même pour sa tablette. Arthur sent les gouttes couler de son front sur ses joues. Son cœur cogne fort. Que se passe-t-il ? Ont-ils été attaqués ? Ont-ils eu un accident ? Yvan est parti en l'abandonnant ainsi ? Et s'il était fâché après lui ? Que lui a-t-il dit ?
Tout en continuant à chercher ses portables et sa tablette, il essaie encore de joindre son chauffeur via l'interphone. Il transpire et enlève sa veste. Puis il lance sa cravate.
Il se souvient avoir dit à Yvan, il y a quelques jours, qu'il allait le virer. Mais ce n'était pas la première fois qu'il le menaçait et puis, Yvan connaît Arthur, il s'emporte facilement mais au fond, il doit savoir qu'il a besoin de lui.
La panique lui donne presque envie de pleurer. Et pourquoi il n'arrive pas à mettre la main sur ses téléphones ? Et une tablette, ça ne disparaît pas comme ça ! Et quelle chaleur !
Esquisse que j'ai faite au stylo et colorisée via Photoshop.
Sous le vernis
Fêlure

Tout à coup, il entend un cliquetis. Puis un deuxième cliquetis qui se rapproche. Quelqu'un essaie d'ouvrir les portières. Alors, il se met à crier. Fort. Très fort. Il entend une voix qui demande quelque chose mais il ne comprend pas alors il crie qu'il est coincé et qu'il faut lui ouvrir vite. Puis plus rien. Il appelle, il demande si on l'entend. Il s'arrête de respirer pendant quelques secondes. Et s'il meurt ?
Des bruits de tôle qu'on cogne le font tressaillir. On vient le sauver ? Le tuer ?
Ça cogne, encore et encore.
Puis, la porte s'ouvre. Yvan regarde Arthur. Arthur est terrorisé et son cerveau se bloque face à la situation. Il ne peut rien articuler.

Yvan, très calmement, se baisse vers lui et lui dit : 'Monsieur, que ceci vous serve de leçon. Je ne veux plus jamais voir ce que j'ai vu hier soir, sinon, je vous tuerai.'
Arthur, qui essaie de reprendre figure humaine, semble un peu étonné.
' Hier soir, monsieur a fait un tour dans le parc. Très tard, n'est-ce pas ?'
Arthur se recule, les yeux fixes.
'Eh oui, j'étais là. Derrière un arbre. Je soulageais une envie pressante si vous voyez ce que je veux dire. Oh, bien innocente en ce qui me concerne.' Yvan avait traîné sur les derniers mots.
Comme Arthur se tait et est blafard, Yvan s'approche un peu plus de son visage et en le fixant, il reprend : 'Votre femme n'aimerait pas du tout savoir que sa fille de cinq ans n'était pas en train de dormir.'

La méthode – 2

Dessin les roses de la vie
Roses de la vie

C’est à vous, mademoiselle. Si vous voulez bien me suivre.
Un personnage sorti de nulle part, vêtu d’incroyables tissus colorés, de la tête aux pieds, venait d’ouvrir la porte. Il lui souriait en s’inclinant presque. Puis, il se mit à marcher. Enfin, disons plutôt qu’il sautillait. Il aurait même pu se retourner et lui faire des grimaces avec un rire satanique qu’elle n’aurait pas été étonnée le moins du monde. Elle avait envie de rire.
Ils traversèrent un couloir sombre. Puis un deuxième couloir tout blanc, presque aveuglant : « C’est encore loin » lança-t-elle, quelque peu intriguée.
« Nous arrivons. Nous tenons à accueillir en grande pompe nos futurs collaborateurs.  » Il parlait d’une voix qui se voulait énigmatique, en traînant sur les dernières syllabes. Le dernier couloir était agencé comme un jardin : une pelouse au sol. Du synthétique sûrement. Des nuages blancs avec un ciel bleu au plafond. Peints. Des cages d’oiseaux suspendues sur les murs. Peints aussi. Et des oiseaux à l’intérieur. Des faux, bien évidemment mais très réussis.
Elle entendait les sons d’une musique psychédélique. Son compagnon de marche ouvrit une porte et s’effaça pour la laisser entrer. Ce qu’elle fit non sans avoir jeté au préalable un coup d’œil en avançant la tête sans le corps.
« Entrez, mademoiselle, nous vous attendions. »

La méthode – 1

Illustration les roses de la vie
Illustration pour nouvelle

Dans la salle d’attente. Elle ne pense à rien. À rien de précis. Une pendule est au-dessus de la cheminée. Posée sur la tablette en marbre. Il est treize heures vingt, encore dix minutes avant son tour. Elle est seule. Une grande pièce rien que pour elle. Juste une table gigogne avec quelques revues, la cheminée et des sièges pour les ‘avancées’, le nom donné à ceux qui osent franchir la porte. Car ici, on entend des conversations, disons, atypiques. Ça jase un peu sur ce lieu. Certains disent que c’est du n’importe quoi, d’autres, qu’il faut bien trouver de l’argent auprès de ceux qui gobent tout, ou qu’il y a de tout pour faire un monde, que c’est intéressant d’être curieux, de chercher. Comme toujours, il y avait ceux qui étaient pour et ceux qui étaient contre. Elle, elle était là parce qu’elle avait entendu une émission radiophonique sur la méthode.
La méthode. La fameuse méthode qui permettrait de gagner beaucoup d’argent, facilement et rapidement. Pas d’investissement ou très peu. Pas de démarchage, pas d’équipe à constituer, comme dans les mlm (le marketing relationnel). ‘ attentif, motivé, positif ‘, disaient-ils à la radio.
Elle voulait en savoir plus. Elle avait alors envoyé un mail pour avoir un rendez-vous.
Et le rendez-vous, c’est maintenant.

Ange

Portrait au stylo
Portrait au stylo

Ange, depuis ses quinze ans, sait qu’il est né pour apporter de la lumière dans le cœur des gens qui sont mis sur sa route. Cela commence donc, tout logiquement, par les membres de sa famille. Dès qu’un ennui, une contrariété apparaît, un chagrin ou une colère qui assombrissent l’âme, il trouve immédiatement une solution. La solution. Il ne sait pas comment ni pourquoi mais c’est ainsi, il est fait comme ça. Il est fait pour ça.
Par exemple, un jour que sa mère était fâchée contre lui à cause de ses vêtements tout sales car il avait joué dans les flaques de boue pour faire rire son petit frère, il s’était concentré si fort que, quelques secondes plus tard, sa mère l’avait pris dans ses bras et lui avait fait un gros bisou sur chaque joue.
Puis une autre fois, c’est son père qui se disputait avec les voisins pour une histoire de haie mal taillée qui empiétait sur leur garage. Ces derniers menaçaient de faire intervenir les forces de l’ordre. Ange avait alors envoyé des pensées d’amour vers eux. En à peine une minute, ils invitaient ses parents à venir prendre l’apéritif le soir même.
Ou encore, la maladie de sa tante, la sœur de son père. Elle était diagnostiquée en sursis pour quelques mois. Chaque soir, l’adolescent se connectait sur les cellules saines de son corps pour combattre les cellules malades et les éradiquer. Au bout d’un mois, les analyses montraient une guérison quasi complète.
Quelques années plus tard, lorsqu’il y avait des tensions au travail, entre collègues ou avec le patron, Ange s’isolait pour faire des incantations et, quelques minutes après, tout était réglé.
Les personnes n’avaient pas conscience de son don. On ne savait pas quel pouvoir était entre ses mains.
Il avait aussi testé avec sa femme, et cela fonctionnait merveilleusement. Leur couple était harmonieux, équilibré.
Jusqu’à ce jour funeste. Ce jour où il a rencontré, dans un bal, un jeune sapeur pompier. Il venait faire la quête pour sa paroisse. Dès qu’il s’est approché de leur table, Ange a senti l’aura démoniaque de l’autre. Puis il a surpris sa femme qui le regardait avec admiration, avec convoitise même. Ange a alors senti la rage l’envahir. Une rage indescriptible. Et c’était tellement nouveau et inconnu que c’en était d’autant plus ravageur.
Il a touché le bras du pompier et une décharge électrique l’a agressé. Il s’est tourné vers sa femme qui souriait à l’autre en lui faisant ses yeux de biche. Et le pompier semblait charmé et ne la lâchait pas du regard.
Ange s’est levé et a sauté sur le pompier, en serrant son cou de toutes ses forces. La rapidité de l’événement semblait tétaniser les spectateurs. Seule, sa femme s’est suspendue à lui en le suppliant d’arrêter. Mais Ange serrait, serrait toujours plus fort, toujours plus vite. Et le sapeur s’est écroulé à ses pieds, comme un pantin désarticulé.
Ange fixait ses mains, l’air hébété. Sa femme hurlait en courant vers d’autres.
On a plaqué Ange, à plat ventre, par terre. Il ne pouvait pas bouger. De toute façon, il ne pouvait plus faire aucun geste. Il répétait en boucle, dans un murmure : ‘ je faisais le bien, je faisais le bien’. Puis, dans un soubresaut, il a fini de respirer.

Repenti

Correspondance épistolaire
Portrait stylo photoshopé

Ma chère fille,
Cela fait très longtemps qu’on ne s’est pas vus et je tiens à te demander pardon pour mon attitude. J’ai mal agi en te mettant à la porte de la maison, ce jour où tu m’as présenté ton amoureux, enfin je veux dire ton amoureuse (tu vois, j’ai encore du mal à m’y faire, deux ans après). J’ai eu le temps de la réflexion et je m’en veux terriblement. Bien sûr, ta mère n’a pas arrêté de me parler de mon erreur mais c’est moi seul qui ai pris la décision de cette lettre. Aussi, je te demande, de tout mon cœur, de me pardonner et je souhaite faire aussi des excuses à Natacha. Venez toutes les deux quand vous voulez.
Ton papa qui t’aime.

Papa,
Merci pour tes excuses bien tardives et que jamais, je n’aurai pensé recevoir un jour. Natacha et moi, c’est fini mais tu n’y es pour rien. Maman ne le sait pas encore d’ailleurs. Elle s’est mariée. Avec un homme. Moi aussi, j’aimerais pouvoir me marier un jour. Quand j’aurai trouvé le grand amour. Le vrai. Mais ce sera avec une femme, je préfère te prévenir tout de suite. Pour l’instant, je vis seule, ceci dit, je ne désespère pas.
Pendant deux ans, tu m’as ignoré, maman me disait dans l’état de colère où tu étais. Tu m’as jugé, moi ta fille, comme si j’avais commis un crime. J’ai des voisins, un couple de jeunes, qui viennent de se marier et la mariée avait ses parents à la noce : sa mère, sa belle-mère (pas la femme de son père, non, la femme de sa mère, elle a quitté son père pour partir avec une femme. Tu vois, ça peut arriver aussi chez les autres).
Je viendrais le week-end prochain si tu veux.
Je vous embrasse, maman et toi.
Ps : je te pardonne papa. Et puis, on doit reformer une famille. On le doit à maman. Tant qu’elle est encore avec nous. On lui a fait tant de mal et c’est peut-être à cause de nous… elle ne me l’a pas dit mais j’ai trouvé des ordonnances.

La boulette

Un bébé
Portrait bébé

La maîtresse, qui avait oublié ce matin, était en train d’avaler sa pilule, avec un peu d’eau, en retrait de la classe, près du lavabo où les bambins venaient laver leurs petites mains quand elles étaient tachées de peinture.
Sophie et Justin, qui l’avaient suivie du regard, comme à leur habitude, dès qu’elle s’éloignait d’eux, étaient sur ses talons :
‘Qu’est-ce que tu fais maîtresse ? C’est quoi que tu manges ?’
Mademoiselle se retourne, et comme prise la main dans le sac, ou dans le pot de confiture, lance : ‘C’était un médicament.’
‘Qu’est-ce t’as ? T’es malade ?’
‘Non, Justin, je vais bien.’
‘Maîtresse, tu sais que c’est pas bien de mentir’, lui dit Sophie, ‘Alors, si t’es malade, faut nous le dire.’
Mademoiselle les regarde, attendrie, et sans trop réfléchir, sort : ‘C’est un cachet anti-enfant.’
Les deux petits se regardent, la regardent et, avant que mademoiselle puisse revenir sur ses mots, Justin s’étonne : ‘Ça veut dire que tu nous aimes plus ?’
Et Sophie d’ajouter : ‘Qu’est ce qu’on a fait de mal ?’
Mademoiselle se sent rougir et ne sait pas trop comment sortir de ce faux pas : ‘Mais non, pas du tout, voyons, c’était pour rigoler, ça n’a rien à voir avec vous mes chéris.’
Là-dessus, Faustine, qui avait de grandes oreilles, leur dit : ‘Ma maman aussi, elle a un médicament anti-enfant mais c’est pour pas avoir de bébé dans le ventre. Vous êtes bêtes hein.’
‘Ah bon ?’, dit Justin. ‘Alors, si tu prends un médicament anti-enfant, le bébé pourra pas venir dans ton ventre ?’
‘Mais pas moi idiot, je suis trop petite’, lui dit Faustine. ‘C’est pour les mamans. Mais elle en prend pas de médicament anti-enfant ta maman ?’
‘Bah, je sais pas, répond Justin, je vais lui demander ce soir.’
‘Non, s’écrie un peu trop vivement mademoiselle, je ne suis pas sûre que ce soit une bonne idée, peut-être que ta maman ne sera pas contente après.’
La conversation intriguait les autres qui s’étaient approchés et demandaient à tour de rôle de quoi on parlait. Au bout de quelques secondes, tous les gosses braillaient à tue-tête : ‘Le médicament anti-enfant, le médicament anti-enfant !’
Et en chœur : ‘Je vais demander à maman si elle prend un médicament anti-enfant.’
Mademoiselle essayait de les faire taire, elle était très embarrassée. C’était sa première rentrée. Son premier travail. Elle était jeune. D’ailleurs, c’était une première aussi pour la prise de pilule, depuis quelques mois.
La directrice, qui passait dans le couloir, entendit les cris des enfants et vint dans la classe : ‘Que se passe-t-il ici ?’
‘Tout va bien, madame, ils sont justes un peu énervés.’
L’arrivée de la directrice avait fait silence mais Justin, encore étonné de la découverte, lui dit : ‘Madame, la maîtresse a pris un médicament anti-enfant’ et tous les enfants se mettent à rire et à reprendre sa phrase.
Mademoiselle, de plus en plus gênée, est scrutée par la directrice qui lui glisse à l’oreille: ‘Dans mon bureau pendant la récréation.’
Verdict : la pauvre mademoiselle est mise à pied.
Lorsqu’elle entre chez elle, son chéri l’attend avec un gros bouquet de roses rouges. Et un dîner préparé par le restaurant du coin : ‘Ma chérie, j’ai bien réfléchi à ce que tu m’as demandé plusieurs fois. Et je suis d’accord. Je veux un enfant de toi’.
Mademoiselle fond en larmes et court à la salle de bains.

Une autre fois

Portrait binocles
Portrait aux stylos et photoshopé

Elle remontait le petit chemin en zigzag. Elle humait le parfum des roses, du lilas, de l’herbe fraîchement tondue. Le jour déclinait mais elle distinguait encore tout ce qui faisait la beauté des lieux. Elle n’était pas revenue depuis si longtemps qu’elle pensait qu’elle allait se mettre à pleurer d’une minute à l’autre. Pour l’instant, tout allait bien, elle gérait encore l’émotion, son souffle était régulier. Toute sa famille l’attendait pour dîner. Elle était un peu en retard mais tout le monde savait qu’elle reprenait contact avec son village. Cinq ans, cinq longues années ! c’était encore si frais à sa mémoire. Elle revoyait tout comme avant, elle avait tellement de souvenirs. Les habitants l’avaient accueilli avec chaleur, bienveillance. Les nouveaux avaient été mis au courant par les anciens. Elle était choyée comme une championne qui revient au pays avec la médaille. ils étaient si prévenants, si attentifs, si généreux. on lui offrait des petits cadeaux et on lui faisait des compliments. Toutes ces personnes étaient si touchantes, si aimantes, si reconnaissantes. ils restaient discrets, personne ne l’avait questionné mais elle sentait bien qu’ils en mouraient d’envie. elle était persuadée que ses parents étaient bombardés de questions mais eux non plus ne savaient pas. Personne ne savait. Elle n’avait pas donné signe de vie jusqu’à hier. Elle avait d’ailleurs eu peur que sa mère ne fasse une crise cardiaque en la voyant devant la grille du jardin. Elle était revenue, cette fois-ci, pour toujours…
Mon dieu que cette histoire est barbante ! bon, je m’en vais moi, j’en ai assez entendu.
Tu ne veux pas rester jusqu’à la fin de la lecture ? après, il y a un cocktail de prévu pour les artistes.
Les artistes, tu parles d’artistes, trois pignoufs qui viennent lire leur truc !
Ne sois pas méchante comme ça. Je sais bien que tu es déçue de ne pas avoir été sélectionnée mais ce sera pour une autre fois.