La boulette

Un bébé
Portrait bébé

La maîtresse, qui avait oublié ce matin, était en train d’avaler sa pilule, avec un peu d’eau, en retrait de la classe, près du lavabo où les bambins venaient laver leurs petites mains quand elles étaient tachées de peinture.
Sophie et Justin, qui l’avaient suivie du regard, comme à leur habitude, dès qu’elle s’éloignait d’eux, étaient sur ses talons :
‘Qu’est-ce que tu fais maîtresse ? C’est quoi que tu manges ?’
Mademoiselle se retourne, et comme prise la main dans le sac, ou dans le pot de confiture, lance : ‘C’était un médicament.’
‘Qu’est-ce t’as ? T’es malade ?’
‘Non, Justin, je vais bien.’
‘Maîtresse, tu sais que c’est pas bien de mentir’, lui dit Sophie, ‘Alors, si t’es malade, faut nous le dire.’
Mademoiselle les regarde, attendrie, et sans trop réfléchir, sort : ‘C’est un cachet anti-enfant.’
Les deux petits se regardent, la regardent et, avant que mademoiselle puisse revenir sur ses mots, Justin s’étonne : ‘Ça veut dire que tu nous aimes plus ?’
Et Sophie d’ajouter : ‘Qu’est ce qu’on a fait de mal ?’
Mademoiselle se sent rougir et ne sait pas trop comment sortir de ce faux pas : ‘Mais non, pas du tout, voyons, c’était pour rigoler, ça n’a rien à voir avec vous mes chéris.’
Là-dessus, Faustine, qui avait de grandes oreilles, leur dit : ‘Ma maman aussi, elle a un médicament anti-enfant mais c’est pour pas avoir de bébé dans le ventre. Vous êtes bêtes hein.’
‘Ah bon ?’, dit Justin. ‘Alors, si tu prends un médicament anti-enfant, le bébé pourra pas venir dans ton ventre ?’
‘Mais pas moi idiot, je suis trop petite’, lui dit Faustine. ‘C’est pour les mamans. Mais elle en prend pas de médicament anti-enfant ta maman ?’
‘Bah, je sais pas, répond Justin, je vais lui demander ce soir.’
‘Non, s’écrie un peu trop vivement mademoiselle, je ne suis pas sûre que ce soit une bonne idée, peut-être que ta maman ne sera pas contente après.’
La conversation intriguait les autres qui s’étaient approchés et demandaient à tour de rôle de quoi on parlait. Au bout de quelques secondes, tous les gosses braillaient à tue-tête : ‘Le médicament anti-enfant, le médicament anti-enfant !’
Et en chœur : ‘Je vais demander à maman si elle prend un médicament anti-enfant.’
Mademoiselle essayait de les faire taire, elle était très embarrassée. C’était sa première rentrée. Son premier travail. Elle était jeune. D’ailleurs, c’était une première aussi pour la prise de pilule, depuis quelques mois.
La directrice, qui passait dans le couloir, entendit les cris des enfants et vint dans la classe : ‘Que se passe-t-il ici ?’
‘Tout va bien, madame, ils sont justes un peu énervés.’
L’arrivée de la directrice avait fait silence mais Justin, encore étonné de la découverte, lui dit : ‘Madame, la maîtresse a pris un médicament anti-enfant’ et tous les enfants se mettent à rire et à reprendre sa phrase.
Mademoiselle, de plus en plus gênée, est scrutée par la directrice qui lui glisse à l’oreille: ‘Dans mon bureau pendant la récréation.’
Verdict : la pauvre mademoiselle est mise à pied.
Lorsqu’elle entre chez elle, son chéri l’attend avec un gros bouquet de roses rouges. Et un dîner préparé par le restaurant du coin : ‘Ma chérie, j’ai bien réfléchi à ce que tu m’as demandé plusieurs fois. Et je suis d’accord. Je veux un enfant de toi’.
Mademoiselle fond en larmes et court à la salle de bains.

Allo Win ?

Dessin au stylo 
Citrouille pour Halloween
Dessin au stylo

Allo, Win ? on fait un truc ce soir ? j’ai pas envie que les mômes viennent me saouler en me taxant des bonbons… d’ailleurs, j’en ai pas et je vais pas en acheter pour ces morveux. Bon, tu veux sortir alors ce soir ?
— Oh bah tiens, bonne idée, j’ai pas de bonbons non plus…
— Ok… on dit 19h00 à la brasserie en bas de chez toi ?
— D’accord ! À toute !

— Allo Win ? je serai un peu en retard parce qu’il faut que j’emmène Nathalie chez ses parents, elle veut pas prendre les transports. — Oui, bah comme d’hab… elle est chiante ta nana ! Bon, t’auras combien de retard ? — Je préfère te dire une heure, 20h00 ça ira ? — Bien obligé de toute façon.

— Allo Win ? Ma voiture ne démarre plus, je la laisse à mon beau-père qui va regarder ça, j’attrape le premier train, compte plutôt 20h30 du coup.

— Allo Win ? un voyageur a fait un malaise, le train est bloqué… — Bon, tu sais quoi ? laisse tomber, j’ai plus envie de sortir. — Oh bah si, moi j’ai envie. Je suis désolé, j’y peux rien, c’est la poisse… — Non, c’est Halloween. Bon, dis-moi quand tu es dans le coin, ça sera plus simple, ok ?

— Win, je suis en bas de chez toi, tu descends ?
— Monte cinq minutes, j’ai un truc à te montrer.
~~
L’autre trouve la porte entrouverte. Un peu interloqué, il la pousse doucement. La pièce est dans le noir.
— Win ?
Pas de réponse. La lumière du couloir de l’étage s’est éteinte. Il avance à tâtons.
— Bah Win, c’est quoi ce bordel ? T’es où ?
Il sent un petit objet entre ses côtes. Il se raidit et se sent défaillir. C’est alors qu’une voix caverneuse psalmodie ces mots : des bonbons ou la vie !
L’autre, le coeur battant, semble chercher dans les tréfonds de son cerveau ce qu’il se passe. Tout à coup, on lui met deux mains sur chacune de ses épaules qui le forcent à se retourner vers son agresseur. Et là… là, il fait face à un homme habillé de noir, des pieds à la tête, un masque sur le visage. Un masque en plastique. En forme de citrouille. Et dans un rire satanique qui le fait sursauter et le fait bondir en arrière, l’homme soulève le masque.
L’autre lève les yeux au ciel et dans un souffle, murmure : oh mon dieu !
Puis il se rue sur l’homme :
— Quel con ! mais quel con ! ça va pas de me faire un truc pareil, hein ? espèce de malade… oh mon coeur, mon coeur, j’ai cru… pov’ con !
Win se marre de plus en plus en protégeant son visage avec ses bras car il reçoit des petites gifles.
— Tu avais tellement l’air d’adorer Halloween au téléphone que ça m’a donné une vache d’idée !
— C’est pas drôle mais pas drôle du tout…
— Allez, c’est bon, arrête de gueuler, je t’achèterai des bonbons.

Une question de point de vue

Dessin que j'ai fait au crayon
Le chat qui jouait des pattes sur les touches
Dessin piano chat

C’est pas un chat que t’as mais un chien !
Mais n’importe quoi, tu vois bien que c’est un chat !
Et depuis quand ça aboie un chat ?
M’enfin, il aboie pas mon chat, il miaule, comme tous les chats !
Tu vas vraiment pas bien toi en ce moment. Ton chat aboie comme un chien parce que ton chat est un chien !
Oh, ça va bien, tu commences à m’énerver maintenant !
Moi, j’ai un chat ok ? et mon chat, il miaule parce que c’est un chat. Il aboie pas lui !
Mais il fait ce qu’il veut ton chat ok ? s’il préfère miauler plutôt qu’aboyer, ça le regarde !
On entend un aboiement. Sans doute chez un voisin.
Tiens, ça, c’est un chien !
C’est possible, je le connais pas.
Hein ? quoi ? tu t’entends là ? mais t’as pas besoin de connaître l’animal pour savoir si c’est un chat ou un chien ! s’il aboie, c’est un chien, s’il miaule, c’est un chat !
Oh bah voyons et tu crois que c’est aussi simple que ça ! laisse-moi rire !
T’es malade dis-moi ? qu’est-ce qui t’arrive ? t’es tombé ? tu t’es fêlé le crâne c’est ça ?
Je vais très bien, très très bien mec !
Donc, si t’entends miauler, pour toi c’est pas forcément un chat ?
Eh ben non !
Si t’entends aboyer, c’est pas forcément un chien ?
Voilà, t’as tout compris !
Non mais je rêve ! Écoute, les chats ont toujours miaulé et les chiens ont toujours aboyé.
Ah bon et pourquoi ?
Comment ça pourquoi ? mais c’est comme ça, c’est tout et je te répète, ça a toujours été comme ça !
Alors, sous prétexte que ça a toujours été comme ça, ça peut pas être autrement ?

Ah, tu vois !
Quoi ? je vois quoi ? je vois que t’es devenu fou, ça c’est sûr !
Et voilà, et voilà ! Alors dès qu’on veut un peu changer les choses, on est fou ! dès qu’on veut apporter de la nouveauté, un peu d’originalité, qu’on tente de bousculer l’ordre établi, on est fou !
L’autre éclate de rire :
Oh tu m’as foutu les jetons, j’ai cru que tu étais vraiment sérieux ! t’es con hein ?
Et il continue de se marrer.
T’as fini de pleurer comme ça ? c’est pas drôle !