Les mots du portrait

Challenge écriture 14

Challenge d'écriture proposé par Marie Kléber.
Challenge d’écriture proposé par Marie Kléber.

La scène de votre prochain texte se déroulera devant une boite à livres. En choisissant un livre, votre personnage découvrira à l’intérieur une lettre faisant état d’un secret. Vous décrirez brièvement l‘environnement proche et l’état d’esprit de votre personnage, avant de nous livrer le contenu de cette lettre et des émotions qu’elle fait naitre chez votre personnage. Amusez-vous bien!

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C’est d’abord sa couverture rose bonbon et jaune soleil qui m’ont donné envie de le lire. Et son synopsis présageait un bon moment de fous rires : un vieux savant fou qui cherchait par tous les moyens à donner la parole à son chien. J’ai besoin de quitter mon quotidien façon cul-de-sac. Ma tête cogite et échafaude des plans, des pseudo-projets qui s’étouffent dans l’œuf. Je suis l’asticot sorti du fruit, que la future mangeuse guette, un essuie-tout fermement calé dans la main… petit saligaud ! Déterminé à m’aérer, mes pas me conduisent vers ce joli petit parc désert à cette heure. En le quittant, une demi-heure plus tard, un peu désœuvré, j’ai regardé le petit meuble, sur le trottoir, lesté de quelques bouquins qui attendent des yeux attentifs. Et c’est là que je suis tombé sur le duo rose et jaune. Revigoré par ma trouvaille, je rentre avec elle dans ma grotte. C’est l’heure du goûter, je salive déjà à l’idée d’engloutir une tablette de chocolat, bien recroquevillé dans mon fauteuil…
Je rigole bien effectivement. L’auteur a beaucoup d’humour et sait bien appuyer sur mes zygomatiques. Je tourne la vingtième page lorsqu’un bout de papier, plié en deux, tombe sur mes genoux. Il est un peu sale, grisâtre, comme bouffé aux mites. Je le déplie et je vois un magnifique dessin, le portrait d’une jeune femme, fait peut-être à l’encre de Chine. Et en dessous, ces mots griffonnés, façon pattes de mouche : C’était ma jolie sœur et c’est papa qui a dessiné. Puis, encore en dessous, écrit en plus petit et plus mal : Avant qu’il la tue. Personne le sait mais moi j’ai vu. J’en lâche le livre qui tombe sur ma tasse qui se renverse et se casse. Je cherche fébrilement un nom, une adresse, une indication pour en savoir davantage, je retourne le papier. Il n’y a rien de plus. Je viens d’apprendre un crime, comme ça, gratuitement, alors que je me bidonnais quelques secondes avant. Quand est-ce que ça s’est passé, où ça s’est passé, comment ça s’est passé, qui sont ces gens ? J’ai la nausée et le chocolat est innocent. Je me lève pour jeter les morceaux à la poubelle, je range dans le placard ce qui reste du chocolat et je referme le livre. Plus envie de continuer l’histoire du savant et son compagnon à quatre pattes. Le papier est serré dans ma paume. Je le relis à nouveau pour vérifier si je ne trouve toujours pas quelque chose, je regarde le joli dessin, elle a l’air heureux. Je déchire le papier jusqu’à ce que mes doigts ne puissent plus le faire et je reste quelques secondes, debout, au milieu de la pièce. Mon moment de bien-être vient de s’achever. Toute la soirée, je ne fais que me remémorer les mots et revoir le portrait. Je ne suis pas sûr, si je trouve à nouveau un papier dans un livre, de l’ouvrir…

Vendredi 21 mai 2021

Photo, que j'ai prise du ciel.
Paréidolie.

Ovni en repérage


Vengeance dessert, indifférence je préfère. Drelin, drelin, la sonnette directive a retenti, le vin est tiré, il faut le boire, un verre après l’autre. Mais gare à l’ivresse de la haine et à ces mille dommages. Vint un moment où il est temps de brandir un stop.

Jeudi 20 mai 2021

Photo, que j'ai prise, du ciel.
Paréidolie.

Échographie


Jeu de pistes. Bien repérer les indices pour discerner le vrai du faux. Vingt épreuves jalonnent le parcours fait de métal et de clous rouillés de quelques millimètres. Slalomer pour éviter les obstacles. En vain, le terrain est miné. Été comme hiver, un jeu de pistes, tu feras…

Mercredi 19 mai 2021

Photo du ciel, de Patricia Saccaggi.
Paréidolie.

Globe terrestre


Mérite au travail, mérite en amour, mérite en communication, etc. Creuse et enterre la course aux bons points. Dirige ton attention vers ce qui te fait du bien, dis-leur que tu es ce qui te fait vibrer. Rien de neuf sous le soleil… peut-être que si, en rebaptisant l’ancien… Mets le cœur dans tes envies, deviens ce que tu es déjà, en plus grand, en plus fort, en plus beau ! Mille pensées et pas une de constructive… En vain, tu le crois. Et si un bon matin, c’est enfin là ?

Par la fenêtre entrouverte

Il y a eu de grands coups de vent. Beaucoup de vent. Lorsque je suis revenue dans la pièce, j'ai senti l'air plus frais, plus aérien, l'oxygène semblait plus dense. J'ai pris le livre sur la table et je me suis avancée vers mon fauteuil. Au moment où j'allais m'asseoir, j'ai vu une petite masse blanche contre le mur. Par la fenêtre entrouverte, un nuage était entré. Je me suis penchée et nous nous sommes retrouvés nez à nez.
Il dansait, il sautillait en s'avançant et il m'a encerclé, j'ai atterri dans son milieu. Je sautillais à présent avec lui, nous nous balancions en cadence. Nous glissions doucement vers la fenêtre entrouverte. Je n'avais pas le contrôle du mouvement. Par un petit saut, nous étions sur le point de franchir la rambarde. Je me suis alors mise à crier : Non mais que faites-vous monsieur le nuage ? Je ne veux pas partir dans le ciel, je ne sais pas voler, je ne suis pas un oiseau ! Je vais m'écraser, je vais mourir ! Laissez-moi, s'il vous plaît, laissez-moi ! 
Photo du ciel que j'ai prise au jardin des Tuileries.
J'essayai de me débattre, je tirais vers l'intérieur tandis qu'il poussait vers l'extérieur. Alors, je l'ai mordu. Puis je l'ai griffé. Je me tordais dans tous les sens et j'ai enfin réussi à enlever un pied de son emprise, que j'ai plaqué fortement sur le parquet et j'essayais maintenant d'extirper de la masse l'autre pied. Dans la panique, ma force était décuplée. J'ai ensuite pu extraire mon bras gauche et le droit a suivi quelques secondes plus tard. Seulement, ma tête et mon corps étaient encore englués dans le nuage. Alors, j'ai inspiré à fond et j'ai empoigné le mur le plus proche, je l'ai agrippé et je me suis cramponnée à son flanc, en tirant. En tirant tellement fort que ma tête s'est décapsulée et mon corps a suivi. J'ai glissé par terre. Sous la pression, le nuage a été projeté hors la rambarde, il s'éloignait et prenait de la hauteur, doucement puis de plus en plus vite…
Après cet évènement, je ne vois plus du tout le ciel avec le même regard. J'admire toujours autant sa beauté, sa grâce, sa magie. Seulement, lorsque je repense à la balançoire de ma jeunesse, d'où j'espérais pouvoir toucher les nuages, je déclare solennellement, à voix haute : Non, je ne veux plus toucher les nuages, non, je ne veux plus aller dans le ciel. Le plancher des vaches est mon coussin d'air !

Mardi 18 mai 2021

Photo du ciel de Patricia Saccaggi.
Paréidolie.

Lune en gros plan


Marteler des directives, infantilisation pénible. Discours péremptoire, autoritaire. À huit clos, on rouspète mais de vive voix devant témoins, que nenni… Un silence vaut mieux que mille mots… Ce vingt-et-unième siècle embarque tous les âges vers un destin qui sent la fin…

Lundi 17 mai 2021

Photo du ciel prise par Patricia Saccaggi. Paréidolie.

Dents célestes


Limpide et clair comme de l’eau de Roche, dans la lumière diurne, trouble et sombre en nocturne, le discernement n’est pas évident. Cette affirmation avancée, mettre un bémol suivant l’esprit qui fomente le doute. De raisonnement en divagation, les mille rouages de la pensée vinrent gripper le mécanisme et un blocage prématuré survint…

Dimanche 16 mai 2021

Photo du ciel prise par Patricia Saccaggi. Paréidolie.

Double visage


Dilemme entre mendier la bienveillance ou cheminer en solitaire… À seize ans, rien n’est joué mais longtemps après, de Charybde en Scylla, les mille éclats de gloire sont devenus ternes et vains. Être tombé du trône, un genou à terre…

Samedi 15 mai 2021

Photo du ciel prise par Patricia Saccaggi. Paréidolie.

Présence


Savoir que c’est éphémère n’induit pas systématiquement la légèreté de l’esprit mais mesure, peut-être, l’implication disproportionnée. Bénéficier de quinze vies, plutôt qu’une, serait appréciable, elles permettraient d’avoir le temps de maîtriser et de tester mille voies, mille choix, mille envies. Au vingt-et-unième siècle, il est dommage de ne pas avoir un joker…

Vendredi 14 mai 2021

Photo du ciel prise par Patricia Saccaggi. Paréidolie.

Souffles


Vent frais et pluie qui tombe drue à Dreux. Divertissements limités à l’extérieur, cette fois-ci, le confinement n’est pas fautif… Point n’est besoin d’aller chercher midi à quatorze heures mais il n’est pas simple de garder l’esprit guilleret, mille interrogations nous font tourner en bourrique. Mettre de l’eau dans son vin éventé, par ce temps… Hein ?