Hommage à Tominou

Dessin que j'ai fait au crayon
Pot de fleur pour hommage
Dessin au crayon

Il avait les quatre fers en l’air, sur le sol de sa cage. Après l’avoir touché et vérifié s’il vivait, je m’étais rendue à l’évidence : Tominou avait rendu l’âme.
Je ne me sentais pas de le jeter à la poubelle, comme un vulgaire mouchoir en papier. Il était avec nous depuis plusieurs mois et même si nous n’avions pas de longues conversations philosophiques, je considérais ce petit.
J’avais de la peine et je décidais de lui faire un cérémonial obséquieux. En faisant une prière pour l’accompagner ‘de l’autre côté’, j’ai préparé un pot de fleurs que j’ai rempli de terre puis j’y ai installé Tominou après l’avoir emmailloté dans un linceul kleenex. Et je l’ai recouvert de terre.
Il a tout de même fini dans la poubelle mais avec respect.
Tominou… qui ne tournait plus dans sa roue… de hamster.

Coup de foudre

Photo du ciel
Mon nuage en cœur
Nuage de cœur

La première fois qu’il l’a vu, il a chanté dans sa tête ‘coup de foudre‘ de Jacques Higelin. Son cœur a fait le mouvement de la vague qui glisse sur un rocher.
Elle était entrée dans la boutique, bien droite sur ses talons hauts : je viens pour l’annonce de vendeuse, le poste est toujours disponible ?
Comme il restait la bouche ouverte, elle avait pointé du doigt l’annonce sur la vitrine.
Semblant sortir d’un songe, il avait secoué la tête, c’est tout ce qu’il pouvait faire dans l’immédiat. Marie restait devant lui, elle le regardait avec un petit sourire. Gêné par l’attente qu’il provoquait, il s’était ressaisi. Il n’y avait pas de clients alors il avait retourné la pancarte punaisée sur la porte, du côté ‘fermé’.
Puis avec un grand sourire il l’avait invité à s’asseoir près du comptoir. Il se disait qu’il aimerait bien qu’elle fasse l’affaire.

La corbeille

Dessin au crayon et colorisé via Photoshop
La rencontre avec une femme
Portrait crayon et photoshopé

Dès que je t’ai vu, mon cœur a fait boum boum et la petite voix m’a dit : tu vois cette fille, regarde-là bien car c’est la femme de ta vie. Alors, maladroitement, je suis venu vers toi et je t’ai dit, dans un semi-vertige et avec un sourire gêné : bonjour… euh bonsoir… excusez-moi de vous aborder comme ça alors que vous êtes tranquille avec votre livre mais en vous voyant, eh bien… mon cœur a fait boum boum et…et…je sais que vous êtes la femme de ma vie.
Et je me souviens encore exactement de ce que tu as fait, de ce que tu as dis, je m’en souviens comme si c’était hier. Tu m’as regardé de la tête aux pieds, l’air très sérieux et tu as éclaté de rire en disant super fort : alors celle-là on me l’a encore jamais faite !
Évidemment, les gens qui étaient autour de nous se sont retournés et je ne savais plus où me mettre, je me sentais ridicule mais j’ai quand même eu la force d’articuler, en me penchant un peu vers ta table : non mais je ne plaisante pas, c’est vraiment très sérieux.
Tu as croisé les bras, tes yeux ont plongé dans les miens, tu as regardé à droite, à gauche puis l’horizon au-dessus de ma tête et enfin tu as tourné la tête pour voir l’intérieur du bar : ah bon ? c’est vrai que vous avez l’air sincère…mais ça vous arrive souvent ?
J’ai montré du doigt la chaise en face de toi et tu as fait oui de la tête.
Je sais que ça peut paraître nul, vous devez penser que je suis un dragueur alors que pas du tout, je ne sais pas draguer…
Je me suis arrêté de parler pour te regarder et tu me regardais aussi, tu étais même plutôt attentive. Ça m’a encouragé.
Dès que je vous ai vu, j’ai vraiment senti mon cœur qui…
A fait boum boum.
Tu souriais en le disant, tu te foutais un peu de moi.
Oui, il a fait ça, je vous assure que c’est vrai et j’ai entendu une petite voix qui me disait…
Quelle voix ? vous êtes combien là-dedans ?
Tu riais, la tête en arrière, les mains sur la bouche.
Je vois bien que vous vous moquez de moi mais je suis sincère, il faut me croire, je n’ai jamais ressenti ça pour une autre…
Je t’ai regardé te lever, tu avais un immense sourire sur les lèvres. Je me suis retourné et je t’ai vu courir au devant de lui. Lui qui t’a pris la bouche fougueusement. Vous vous êtes enlacés et vous vous êtes fondus parmi les passants.
Ça fait cinq ans. Je ne t’ai jamais revu et je ne sais même pas si tu m’as vu ce jour-là. Lorsque ton souvenir vient me faire mal, je t’écris une lettre que tu ne liras jamais. Je te fais vivre sur mon papier et je t’embrasse avant de te mettre en boule direction la corbeille.

Un moment de détente…

Dessin au stylo
La femme qui va mourir
Dessin au stylo

Elle n’arrive pas à ouvrir la porte du sauna. Elle a beau tirer, pousser, donner des coups d’épaule, elle reste imperturbablement close.
Elle crie plusieurs fois, en s’excitant sur la poignée : je suis enfermée, s’il vous plaît, vous m’entendez ? et elle a fini par hurler jusqu’à l’extrémité de l’expiration. Ça lui donne encore plus chaud, ça fait décrocher son cœur. Alors, elle s’arrête après cinq ou six tentatives.
Elle panique et ça lui donne toujours plus chaud. Ce chaud qu’elle attendait tant pour relaxer ses membres endoloris… maintenant, elle suffoque, elle respire plus fort et plus profondément pour aller chercher le souffle qui crante et fait des ratés. La chaleur extérieure de sa peau brûle à l’intérieur et la consume. Les pensées quittent sa conscience. Ses organes bougent, ils se cognent, se coincent et se tordent. Elle est envahie par une quinte irritante, sèche, nerveuse qui met de l’huile sur sa brûlure. Elle gratte sa gorge à grands coups d’ongles qui griffent sa peau déjà au supplice.
Elle sent la chaleur qui est en train de gagner du terrain autour d’elle. Comme un manteau qu’on poserait, elle avance sur elle, elle la piétine, elle la vampirise. Son corps tourne sur lui-même à la recherche d’une fenêtre, d’un trou, d’une fente. Ses yeux font des cercles et se révulsent. Elle se sent au bord de l’évanouissement.
Elle va mourir, elle est sûre qu’elle va mourir. Il faut qu’elle arrête de s’agiter mais elle ne peut pas s’asseoir et attendre la grande faucheuse. Non, elle ne veut pas finir ici. Elle se rue sur la porte, elle tape dedans à grands coups de pied, à grands coups de poing, elle puise toutes les forces qu’elle a au creux du ventre et, avec ses tripes, elle se remet à hurler : au secours, je suis enfermée, venez je vous en prie, au secours !
Elle glisse contre la porte, elle s’écroule en larmes. Sa peau ruisselle, ses tempes vrombissent, les veines de ses mains sont gonflées, rouges, tellement rouges qu’elles semblent prêtes à exploser. Elle se sent fatiguée. Si fatiguée. Un instant, elle songe à la fraîcheur du dehors et elle pleure encore plus.
Elle ferme les yeux et murmure : s’il vous plaît, je vous en supplie, venez m’ouvrir la porte, venez.
Elle halète, elle essaie de se calmer, de se dire que c’est impossible que personne ne vienne la sauver. Elle essaie même d’imaginer qu’il fait froid mais la chaleur est insupportable à tel point qu’elle perçoit son sang, peu à peu, devenir gazeux. Elle est en surchauffe et elle sait que d’un moment à l’autre, le processus ira jusqu’au bout…
Dans un sursaut, peut-être le dernier, elle bondit sur ses pieds, elle tape, elle tape, encore et encore, avec les mains, avec les poings, avec les pieds, elle se fracasse entièrement contre la porte, sa voix diminue au fur et à mesure des appels pour conclure sur un long gémissement presque inaudible. Elle ne sait pas pendant combien de temps elle s’est battue contre l’évidence avant de s’écrouler…

Oh madame, madame, pardon, j’étais persuadée qu’il n’y avait personne ! Pardon ! ça va, dites-moi, ça va ? madame ?
Elle aurait pu sentir qu’on lui parlait, qu’on lui touchait le bras, qu’on la secouait, qu’on lui donnait même des tapes sur les joues. Elle aurait pu si elle vivait encore.

Allo Win ?

Dessin au stylo 
Citrouille pour Halloween
Dessin au stylo

Allo, Win ? on fait un truc ce soir ? j’ai pas envie que les mômes viennent me saouler en me taxant des bonbons… d’ailleurs, j’en ai pas et je vais pas en acheter pour ces morveux. Bon, tu veux sortir alors ce soir ?
— Oh bah tiens, bonne idée, j’ai pas de bonbons non plus…
— Ok… on dit 19h00 à la brasserie en bas de chez toi ?
— D’accord ! À toute !

— Allo Win ? je serai un peu en retard parce qu’il faut que j’emmène Nathalie chez ses parents, elle veut pas prendre les transports. — Oui, bah comme d’hab… elle est chiante ta nana ! Bon, t’auras combien de retard ? — Je préfère te dire une heure, 20h00 ça ira ? — Bien obligé de toute façon.

— Allo Win ? Ma voiture ne démarre plus, je la laisse à mon beau-père qui va regarder ça, j’attrape le premier train, compte plutôt 20h30 du coup.

— Allo Win ? un voyageur a fait un malaise, le train est bloqué… — Bon, tu sais quoi ? laisse tomber, j’ai plus envie de sortir. — Oh bah si, moi j’ai envie. Je suis désolé, j’y peux rien, c’est la poisse… — Non, c’est Halloween. Bon, dis-moi quand tu es dans le coin, ça sera plus simple, ok ?

— Win, je suis en bas de chez toi, tu descends ?
— Monte cinq minutes, j’ai un truc à te montrer.
~~
L’autre trouve la porte entrouverte. Un peu interloqué, il la pousse doucement. La pièce est dans le noir.
— Win ?
Pas de réponse. La lumière du couloir de l’étage s’est éteinte. Il avance à tâtons.
— Bah Win, c’est quoi ce bordel ? T’es où ?
Il sent un petit objet entre ses côtes. Il se raidit et se sent défaillir. C’est alors qu’une voix caverneuse psalmodie ces mots : des bonbons ou la vie !
L’autre, le coeur battant, semble chercher dans les tréfonds de son cerveau ce qu’il se passe. Tout à coup, on lui met deux mains sur chacune de ses épaules qui le forcent à se retourner vers son agresseur. Et là… là, il fait face à un homme habillé de noir, des pieds à la tête, un masque sur le visage. Un masque en plastique. En forme de citrouille. Et dans un rire satanique qui le fait sursauter et le fait bondir en arrière, l’homme soulève le masque.
L’autre lève les yeux au ciel et dans un souffle, murmure : oh mon dieu !
Puis il se rue sur l’homme :
— Quel con ! mais quel con ! ça va pas de me faire un truc pareil, hein ? espèce de malade… oh mon coeur, mon coeur, j’ai cru… pov’ con !
Win se marre de plus en plus en protégeant son visage avec ses bras car il reçoit des petites gifles.
— Tu avais tellement l’air d’adorer Halloween au téléphone que ça m’a donné une vache d’idée !
— C’est pas drôle mais pas drôle du tout…
— Allez, c’est bon, arrête de gueuler, je t’achèterai des bonbons.

Une question de point de vue

Dessin que j'ai fait au crayon
Le chat qui jouait des pattes sur les touches
Dessin piano chat

C’est pas un chat que t’as mais un chien !
Mais n’importe quoi, tu vois bien que c’est un chat !
Et depuis quand ça aboie un chat ?
M’enfin, il aboie pas mon chat, il miaule, comme tous les chats !
Tu vas vraiment pas bien toi en ce moment. Ton chat aboie comme un chien parce que ton chat est un chien !
Oh, ça va bien, tu commences à m’énerver maintenant !
Moi, j’ai un chat ok ? et mon chat, il miaule parce que c’est un chat. Il aboie pas lui !
Mais il fait ce qu’il veut ton chat ok ? s’il préfère miauler plutôt qu’aboyer, ça le regarde !
On entend un aboiement. Sans doute chez un voisin.
Tiens, ça, c’est un chien !
C’est possible, je le connais pas.
Hein ? quoi ? tu t’entends là ? mais t’as pas besoin de connaître l’animal pour savoir si c’est un chat ou un chien ! s’il aboie, c’est un chien, s’il miaule, c’est un chat !
Oh bah voyons et tu crois que c’est aussi simple que ça ! laisse-moi rire !
T’es malade dis-moi ? qu’est-ce qui t’arrive ? t’es tombé ? tu t’es fêlé le crâne c’est ça ?
Je vais très bien, très très bien mec !
Donc, si t’entends miauler, pour toi c’est pas forcément un chat ?
Eh ben non !
Si t’entends aboyer, c’est pas forcément un chien ?
Voilà, t’as tout compris !
Non mais je rêve ! Écoute, les chats ont toujours miaulé et les chiens ont toujours aboyé.
Ah bon et pourquoi ?
Comment ça pourquoi ? mais c’est comme ça, c’est tout et je te répète, ça a toujours été comme ça !
Alors, sous prétexte que ça a toujours été comme ça, ça peut pas être autrement ?

Ah, tu vois !
Quoi ? je vois quoi ? je vois que t’es devenu fou, ça c’est sûr !
Et voilà, et voilà ! Alors dès qu’on veut un peu changer les choses, on est fou ! dès qu’on veut apporter de la nouveauté, un peu d’originalité, qu’on tente de bousculer l’ordre établi, on est fou !
L’autre éclate de rire :
Oh tu m’as foutu les jetons, j’ai cru que tu étais vraiment sérieux ! t’es con hein ?
Et il continue de se marrer.
T’as fini de pleurer comme ça ? c’est pas drôle !

L’objet sacré

Dessin au crayon
Le kiki de tous les kikis
Dessin de Kiki

Le Kiki a sa place. Une place de choix. Il trône dans le fauteuil, juste en face de la cheminée. La lumière arrive directement sur lui en le montrant sous toutes ses coutures.
Elle l’a depuis ses trois ans. Jamais ils ne se quitteront, jamais elle ne le laissera tomber comme une vieille peluche. Ils feront le grand saut main dans la patte. Il a été de tous les chagrins et de toutes les consolations. Elle lui a parfois été infidèle mais elle revenait toujours au bercail vers son doudou préféré, implorant son pardon.
Lorsqu’elle le regarde maintenant, des bouffées d’enfance remontent à sa conscience, les larmes embuent ses yeux mais le sourire l’emporte. Elle le prend encore dans ses bras pour retrouver sa douceur.
Elle en côtoie beaucoup des doudous au quotidien, elle est vendeuse dans un magasin de jouets. Le Kiki n’est plus à la mode, il s’est fait piquer la place de taulier par tout un tas d’autres créatures mais il représente une nostalgie durable pour les gens de sa génération et lorsqu’elle croise le regard de celui ou celle qui s’attarde sur lui, ils savent le rôle qu’il a joué dans leurs tendres moments.
Elle n’a jamais pu s’en détacher. Devenue adulte, et par essence responsable, c’est toujours vers lui qu’elle se tourne pour déverser les injustices subies directement ou indirectement par les aléas de la vie. Elle se surprend encore à lui parler et il l’écoute, inlassablement, sans broncher. Depuis quarante années.
C’est son meilleur et irremplaçable compagnon de route. Foi de Kiki !